Sous pression : le coût invisible du capitalisme sur notre rapport à la nourriture
#76. 👉 et les points d'appui pour retrouver son chemin (édition offerte). SPOILER : UNE SACRÉE EDITION !
Hello les nourrissant.e.s,
Content de vous retrouver et de retrouver la plume. Aujourd’hui, une édition offerte, car je suis en retard pour respecter ma promesse :
à chaque saison, une édition offerte.
afin de garder un équilibre entre celles et ceux qui s’abonnent à la version gratuite de ma newsletter et celles et ceux qui veulent/peuvent s’abonner à la version premium, et qui me soutiennent à l’année et me permettent de produire un contenu structuré, indépendant et digeste. Si vous souhaitez passez à la vitesse supérieure et télécharger tous les bonus accumulés depuis 2 ans (recettes ultra fraîches, fiches pratiques, guides pour mieux manger au quotidien), vous pouvez vous abonner juste ici👇
Alors alors… Pourquoi ce thème-là ? Pourquoi ces relents de marxisme et de critique du néolibéralisme en lien avec notre rapport à la nourriture ?
Parce que je me suis écouté.
J’ai passé quelques heures à regarder le soleil et la mer, cette semaine. Je lisais le dernier livre de Judith Godrèche. Il m’a donné envie de documenter, consigner et d’écrire tout ce que je n’ai pas encore dit. Ma vérité.
Et puis, devant cette beauté, cette comète enflammée qui descendait sans s’affaisser, j’ai mesuré ma chance : D’avoir le temps. De la contempler. Je me remémorerais alors les échanges avec ma dernière patiente :

Nous parlions de “la vraie vie “et du fait que la “reprise” n’était pas facile, après cette période de fêtes. Pas assez de repos, et pas envie de reprendre.
comprendre : de reprendre… avec ce “rythme-là”.
Pour la 907ème fois en un an (toutes patientes confondues), je lui fais le “coup du contexte”.
-”Vous me dites que vous n’avez pas la force ou la volonté, que la flemme reprend le dessus, c’est ça ? Et que passé 20H, pas envie de faire à manger, ni même de penser à faire à manger?
-oui, c’est ça. Déjà marre.
-J’imagine que ce n’est pas facile à vivre. Mais, soyons fous, juste quelques secondes, voulez-vous? Imaginez que vous soyez transporté.e dans un élément naturel qui vous apaise instantanément (mer, lac, forêt, rivière, montagne…), que vos enfants commencent l’instruction à 10 heures au lieu de 8H25, que vous ne commenciez le travail qu’à 11H pour en sortir à 16H00 et que la charge mentale globale et la charge mentale des repas soient équitablement reparties…
-ah oui, mais là, c’est pas pareil ! Forcément, là, c’est l’idéal, Charles !
-j’entends bien. Ce que je voulais vous dire, c’est qu’en changeant le contexte, vous ne réagissez pas de la même façon concernant vos choix alimentaires (compulsions, repas bricolés, pilote automatique)… Donc, est-ce vraiment vous qui manquez de volonté, de discipline ou d’organisation ?“
Je referme la parenthèse.
J’étais donc là, devant la mer et le soleil. Et je me sentais bien. Ce contexte me faisait me sentir bien. J’avais pris le temps et modifié mon tempo de “l’urgence permanente”. J’avais, l’espace d’un instant, quitté “ce rythme-là”.
ce rythme-là.
C’est un thème commun à chaque consultation. Et qui a des conséquences claires et nettes sur notre façon de nous nourrir. Je me suis dis qu’il était temps de creuser ce thème, de déconstruire certains mythes et de documenter davantage l’expérience humaine que l’on traverse, ici et maintenant.
Objectif : s’émanciper.
Disclaimer : je ne pourrai pas “tout dire”, car il faudrait environ une dizaine de livres pour explorer la question, mais je ferai de mon mieux pour décrire ce qui est le plus aidant pour vous. Et puis sinon, j’y reviendrai !
Alors, déjà 2/3 termes à définir car je les emploierai sans doute :
“Hustle culture” : culture de l’agitation. Une norme culturelle qui promeut le travail incessant, la productivité constante et la glorification de l’occupation comme signe de réussite et de valeur morale1. Je m’agite, donc je suis.
Capitalisme contemporain (j’ai pris celle de Marx, et j’ai rajouté 2/3 élements qui me semblaient pertinents ici) : un système économique et social qui organise non seulement la production et l’échange, mais aussi les rythmes de vie, les normes de performance et les comportements individuels, en subordonnant progressivement le temps, le corps et l’attention aux impératifs de rentabilité et d’efficacité.
Le “système” : il désigne ici le cadre néolibéral contemporain, qui organise les rythmes de travail, valorise la performance permanente et transfère sur l’individu la responsabilité de s’adapter à des contraintes qu’il ne contrôle pas. Dans ce “système-là”, l’individu n’est plus vraiment un travailleur, mais une micro-entreprise en permanente mutation. S’adapter. Ou mourir.
Ok. J’ai scindé en 3 dimensions qui reflètent ce que je perçois en consultation, mais on pouvait bien sûr faire “différemment”. Pour chaque dimension, j’ai listé des points d’appui individuels et collectifs.
Des ressources.
I.Manger sous stress : le corps au service de la performance
Dans une société où il faut toujours faire plus, plus vite, plus efficacement, le corps est souvent relégué au second plan. On attend de lui qu’il suive, sans broncher, le rythme que le système impose. Nous râlons même quand le corps tombe malade, parce qu’on se sent diminué.e et que nous ne sommes plus capables de faire ce qui doit en principe être fait.
Lorsque vous êtes exposé(e) à un stress aigu, une grosse échéance, un conflit, une surcharge ponctuelle, l’organisme active une réponse de survie : l’adrénaline coupe temporairement l’appétit. C’est le mode “urgence”, celui du cœur qui s’accélère, de la vigilance maximale. Manger peut attendre.
Mais lorsque le stress devient chronique (journées à rallonge, responsabilités multiples, pression constante) une autre hormone prend le relais : le cortisol. Et c’est plutôt une “bonne nouvelle” car le mode survie n’est pas fait pour durer des jours et des jours. Le scénario change :
Le cortisol stimule l’appétit,
Il accroît la motivation à manger,
Et il oriente les envies vers des aliments plus riches en graisses et en sucre, plus gratifiants à court terme.
Ces aliments ne sont pas choisis au hasard : ils modulent temporairement notre réponse au stress en agissant davantage sur le système limbique (la zone du cerveau qui gère les émotions). Manger devient alors une forme d’auto-apaisement… biologique.
🍫 Le “grignotage”, une stratégie de “faire face” ?
C’est un mécanisme de régulation, certes imparfait, mais profondément humain = on fait ce qu’on peut, dans tel contexte, avec ce qu’on a.
Relisez 100 fois, svp : on fait ce qu’on peut, dans tel contexte, avec ce qu’on a.
En période de stress prolongé, beaucoup d’entre nous mangent sans faim réelle, sans plaisir non plus parfois, dans un automatisme qui vise simplement à tenir. Et ce cercle est renforcé par la culpabilité :
Je suis stressé.e → je mange → je culpabilise → je perds confiance → je me restreins → je re-stresse → je re-mange.
Dans un monde où l’alimentation est présentée comme un marqueur de self-control et de discipline, il est facile de penser que vous êtes seul.e à perdre pied. Comme ma patiente d’hier : “j’aimerais être comme tous ces gens qui ne se posent pas de questions et n’ont pas de problèmes”.
“Présentez-les moi !!!”, me suis-je écrié !
En réalité, ce comportement est massivement répandu, et est en lien avec la Diet Culture (la culture des régimes amaigrissants), bien sûr, mais aussi un contexte socio-économique et culturel qui nous pousse à l’épuisement.
Nous manquons de temps pour faire ce qu’il y a à faire.
⚠️ Conséquence : Le corps encaisse… jusqu’à l’épuisement
À long terme, ces mécanismes ont un coût invisible :
Une relation à la nourriture marquée par la culpabilité,
Un brouillage des signaux de faim et de satiété,
Une usure mentale et physique.
Et pourtant, on continue. Parce que c’est la norme. Voulue ou définie par ?
Vos points d’appui individuels : Expérimenter des mini-rituels régulateurs (respirations avant de manger ou toute autre activité cool pour vous, pauses régulantes, micro-activités de recentrage). Soyons fous, tenter l’auto-compassion, même avec une pratique assez informelle : entre vous dire “j’ai encore craqué” et “j’ai cherché à tenir quand c’était pas facile”, qu’est-ce qui vous aide le plus ?.
Et bien sûr, cette édition : “je me sens nul.le après avoir craqué”
Vos points d’appui collectifs : S’entourer, parler, créer des espaces de parole (entre collègues “compatibles”, entre proches, dans les milieux associatifs ou dans les soins) où le stress peut être partagé.
Ex : '“en ce moment, c’est une période particulièrement stressante pour moi. Je me sens démuni.e. Et quand je ressens ça, je fais ci ou ça.” Vous verrez, ça ne change pas tout, mais ça apaise !
II.Pauvreté de temps : quand l’horloge décide du menu
Ce qui me semble paradoxal, c’est que… tout semble s’accélérer grâce aux progrès technologiques depuis la révolution industrielle. Magnifique, des progrès. Le progrès engendre-t-il des progrès ? (sujet de philo de terminale, j’ai noirci 5 copies doubles!).
Pour autant, les gains de productivité ne nous ont pas “libéré” du temps ni de l’espace mental, à nous, les travailleurs.

On travaille environ 30 % moins de temps qu’en 1950 (~2 300 h/an Vs ~1 159 h/an, en moyenne), et pourtant, selon la Dares (Ministère du Travail), plusieurs études ont montré que :
-Le rythme de travail s’est accéléré depuis les années 19902, avec des interruptions plus rares, des cadences plus soutenues.
-En 2016, 45 % des salarié·es déclaraient devoir se dépêcher souvent ou toujours pour accomplir leur travail dans les délais impartis3.
-Les salarié·es interrompus plusieurs fois par heure sont de plus en plus nombreux, à cause du numérique, du multitâche, de la réorganisation du travail.
Pourquoi ? Parce que le temps est une ressource à optimiser.
Chaque minute doit être “rentable”, chaque repas rapide, chaque décision, “efficace”. Que ce soit mes patientes ou moi-même, exemples : prendre son repas en répondant aux mails, appeler certains services administratifs en mettant le haut-parleur (parce qu’ils ferment à 16H30), rattraper tel ou tel podcast because les journées ne font que 24 h et ça “nous intéresse quand même”, se dépêcher de manger pour aller faire telle course etc;
Et même si vos journées comptent bel et bien 24 heures, il y a ce sentiment lancinant : vous n’avez pas le temps. Nous n’avons pas le temps.
Je me suis intéressé d’un peu plus près, à ces histoires de “temps”. J’ai découvert la notion de time scarcity mindset (ou "mentalité de rareté du temps").
De ce que j’ai compris, c’est la perception subjective d’avoir trop de choses à faire et pas assez de temps pour les accomplir (définie en 2009 dans cette étude4). Quand je dis “perception subjective”, je prends des pincettes.
Ce n’est pas juste une impression passagère ou un défaut d’organisation personnelle : c’est une perception ancrée dans des conditions sociales concrètes (journées de travail longues ou éclatées, injonctions à la disponibilité permanente, à la connexion, multiplication et intensification des tâches professionnelles et domestiques).
Ce n’est pas vous qui avez “mal géré votre temps” : c’est votre vie qui a été organisée pour vous laisser trop peu de temps réel et mental pour ce qui compte vraiment.
N’en déplaise à toutes les “astuces” qu’on voit passer sur les réseaux sociaux : des applis d’organisations, des hacks de productivité et autres routines miracles pour “booster sa dopamine”.
La dopamine pour quoi ?
Pour être capable de faire, faire, faire. Tenir tenir tenir. Avoir.
Nous, ce qu’on veut, c’est être & vivre.
La “time scarcity” montre que ce sentiment :
Réduit l’attention portée aux besoins corporels (comme la faim, la satiété ou le repos),
Diminue l’empathie (y compris envers soi-même),
Et pousse vers des comportements gratifiants à court terme, comme manger sur le pouce ou commander un plat plutôt que cuisiner.
Cette rareté perçue du temps affecte directement notre façon de manger.
Comme le montre une revue de 2024 sur la psychologie de la rareté (Shah et al., Behavioral Science & Policy), le cerveau, en surcharge cognitive, entre dans un "tunnel attentionnel" : il se focalise sur ce qui est urgent… au détriment de ce qui est important.
Résultats dans l’assiette :
Moins de planification (cf, “je sais qu’il faut que je me pose samedi matin pour organiser mes menus de la semaine, sinon ça part en vrille la semaine. Mais j’arrive pas à le faire tout le temps”);
Moins d’écoute de la faim et des sensations (la time scarcity pousse plutôt à la branche action/résultat de notre système nerveux, pas à la branche respiration/détente, pour aller vite5);
Plus de décisions impulsives ou automatiques.
Pas étonnant que les plats ultra-transformés ou les snacks deviennent nos meilleurs (ou pires) amis dans ces moments-là.
Une étude américaine publiée dans l’American Journal of Preventive Medicine6 a analysé le temps que les adultes passent à préparer leurs repas à domicile et ses impacts sur leurs choix alimentaires : ceux qui passent moins d’une heure par jour à cuisiner dépensent plus pour manger à l’extérieur et fréquentent davantage les fast-food, tandis que ceux qui passent plus de temps à préparer leurs repas ont une meilleure qualité alimentaire (plus de fruits et légumes consommés).
= Le temps investi dans la préparation des repas est un facteur associé à une alimentation plus riche et variée. Le manque de temps est lié à une plus forte dépendance à des options alimentaires pratiques mais souvent moins saines.
Dans une société où le temps est une ressource inégalement distribuée, cuisiner devient un privilège, et bien manger, un luxe.
Je crois aussi que c’est pour cette raison que j’ai fait une pause des réseaux sociaux, en décembre. Marre de tomber sur des contenus “quand on veut on peut”, “si t’as assez de discipline, ben…”.
Ras-le-bol de ces Wannabe coachs et autres motivateurs 3.0 qui basent TOUT leur coaching sur les paramètres intrinsèques de l’individu.
Les tenants du capitalisme moderne ont le culot de nous fait croire que nous avons “choisi” de commander, de grignoter ou d’opter pour des solutions pratiques pour manger. Alors que ces “choix” sont biaisés par :
le stress,
la charge cognitive,
et la pression de performance qui laissent peu d’espace pour une alimentation attentive, agréable, bien vécue.
Vos points d’appui individuels : tenir, malgré l’urgence. Par exemple avec des jours fixes de repas : le mercredi, c’est crêpes/galettes. Tenir une liste de courses standardisée pour les repas de base : gain de temps, réduction de la fatigue en supermarché = cette édition sur les 27 repas de la flemme peuvent vous aider (édition la + lue depuis le tout début de ma news).
Vos points d’appui collectifs : à part soutenir des créateurices de contenus, des médias ou journalistes qui remettent en cause la culture du speed (Frustration magazine, Vert le média etc), je sèche un peu. Ah si, est-ce que vous arrivez à signaler à votre N + 1 ou + 2 que les visios à 12H30 ou 18H30, c’est pas jojo ? Vous me dites ?
Bon, sans transition, trop de stress, manque de temps… Lorsque “tout fout le camp”, qu’est-ce qu’on est tenté.e de faire ? Reprendre le contrôle…
III.L’illusion du contrôle : l’alimentation, votre dernier bastion ?
Dans ce contexte (cf les 2 premiers points), il me semble naturel de chercher un endroit “à soi”, une zone, où reprendre un peu de pouvoir. Pourquoi pas l’assiette ?
Après tout, nous vivons dans une société (à ce jour) dominée par l’abondance, pour une majorité d’entre nous.
Manger pour reprendre le dessus
Lorsque vous êtes soumis(e) à un stress chronique, à une charge mentale élevée, à une sensation de déséquilibre ou de perte de contrôle, l’alimentation peut devenir une sorte de réflexe. De réflexe d’adaptation:
"-je me sens dépassé.e. Je m’adapte à cette sensation-là, en décidant d’un truc que je peux faire, que je sais faire, là tout de suite maintenant”
= je remets un peu de certitude court terme, dans mon océan d’incertitudes qui m’envahit le corps, le coeur, la tête, l’esprit, l’âme.
Exemples : peser ses aliments, compter ses calories ou ses macro7, éviter certainses catégories d’aliments, suivre des règles strictes auto-imposées (ou dictées par d’autres de façon plus ou moins implicite)….
👉 AH ! Ces comportements rassurent. Ces comportements donnent l’impression de maîtriser quelque chose dans un quotidien trop flou, trop chargé, trop “trop”. Enfin un peu de maîtrise ! Enfin ! Enfin… ils apaisent temporairement l’anxiété, en ramenant de la structure, du cadre.
Une étude menée en Roumanie8 auprès de 192 étudiant.es en physiothérapie a montré que le stress perçu est significativement associé à des attitudes alimentaires perturbées, avec des scores plus élevés de régimes stricts et de préoccupation pour la nourriture, ce qui peut indiquer une variation entre contrôle rigide et comportements impulsifs vis‑à‑vis de l’alimentation.
= je perçois un stress trop élevé pour mes capacités, je cherche un moyen de contrôler ce qui m’envahît. Entre contrôle + strict et sur-consommation, mais “au moins, j’ai l’illusion de choisir”.
Je me permets de souligner la conclusion de ladite étude “the need for targeted interventions to reduce stress and promote healthy coping mechanisms” = en gros, bon, les étudiants, faut qu’ils apprennent à réduire leur stress + développer des ressources pour faire face à. Même les conclusions d’études sur ces questions, c’est :
“Il faut réduire le stress”.
= méditation, respiration, sport, yoga etc… = faites des trucs qui dépendent de vous !
Mais est-ce qu’on ne peut pas s’interroger sur les stresseurs ? Ce qui produit, justement, le stress ? C’est un peu comme dire à quelqu’un.e en train de se noyer dans une piscine surpeuplée sans maître-nageur :
👉 « Hey, il faudrait quand même apprendre à mieux nager. »

….au lieu de poser la vraie question, à mon sens : Pourquoi personne n’organise la sécurité dans cette piscine ? Pourquoi autant de monde est en train de couler ?
Tant qu’on ne nommera pas les stresseurs (les conditions de travail, les inégalités socio-économiques, les injonctions à toujours tout faire tout bien et “meilleure version de soi” ) on continuera de culpabiliser les stressé·es.
A qui profite cette culpabilisation ? Cette non remise en question ?
Vos points d’appui individuels : rappel : rechercher de la maîtrise quand “tout fout le camp” est une réaction très humaine. Et souhaitable. Bienvenue au club des Humain.e.s ! Je vous invite à observer ce que cette tentative de contrôle vous fait vivre et où vous a-t-elle mené les 10 dernières fois que vous avez choisi cette option. Je tente : dans ce que vous vivez, passer du “plus JAMAIS de féculents le soir” à “je choisis un repas qui me fait du bien aujourd’hui” = mieux ou pas ?
Vos points d’appui collectifs : Repenser les messages de santé non pas comme des injonctions mais comme des droits (avoir le temps, l’accès, le repos pour manger). Créer ou rejoindre des espaces où parler d’alimentation n’est pas honteux (groupes de parole, par exemple Erika Fournel en anime 1 à 2 fois par an, ou associations qui accueillent les récits de tension avec l’alimentation sans jugement). Revaloriser le plaisir, la lenteur, l’imperfection alimentaire comme des formes de résistance, dans vos repas conviviaux. Cela ne veut pas dire “manger n’importe quoi”. Cela veut dire que imparfait reste humain et peut être quand même bon :)
Voilà, une édition très politique et psycho-sociale. Je vois aussi le chemin parcouru en 2 ans de newsletter, un contenu qui évolue. Cela ne m’empêchera pas de vous proposer des recettes simples et accessibles, des exos de psychonutrition pratiques pour mieux vivre ses repas et bien sûr des éditions “enquête inclusive” sur les sujets de santé, mais ça me semblait aussi MEGA IMPORTANT de savoir dézoomer, de temps en temps, de notre “tête dans le guidon”, et porter notre regard un peu plus loin que ça.
Nous évoluons dans telle époque, telle culture, tel contexte. Et cela a un impact fort sur nos choix de vie et nos choix alimentaires.
Super preneur de vos retours. Je n’ai pas eu le temps de faire une version audio de cette news. Je pourrais, mais cela me demanderait, cette fois-ci en tous cas, de rogner sur mon sommeil et de me coucher tard. J’essaie de refuser, quand je le peux, cette culture du “toujours plus”. Cette news sera donc parfaitement incomplète. Mais je suis quand même heureux de vous la présenter. Et puis, peut-être que je vous proposerai un podcast en ce sens ? Un p’tit balado pour vous accompagner. Peut-être même aussi que je pourrais inclure certain.e.s de vos commentaires/ témoignages, pour l’enrichir, qui sait. Nous sommes libres.
N’oubliez pas de mettre un petit ❤️ sur ce post pour m’indiquer que vous l’avez bien lu/parcouru.
Bel appétit de VIVRE !
Je l’ai déjà cité dans ma news, mais très chouette livre : Harfoush, R. (2021). Overbookés : Comment se libérer du culte de la productivité (C. Abolivier, Trad.). Dunod = sur la hustle culture dans le monde, mais aussi en Europe.
Benallah, S., & Domin, J.-P. (2020). Changes in the intensity and hardships of hospital work in France (1998–2013).Travail et Emploi, hors-série. Avec apparemment une petite pause début 2000, cf ce document même si, je cite “le sentiment de travailler dans l’urgence ne recule pas” + ce document sur les conditions de travail AVANT la crise sanitaire (2019).
Quelles sont les évolutions récentes des conditions de travail et des risques psychosociaux ?, Dares Analyse n° 82, décembre 2017. Enquête Conditions de travail et risques psychosociaux 2016, basée sur 21 000 salariés, jugés représentatifs de 22,8 millions de salariés, interrogés en face à face entre octobre 2015 et juin 2016 sur leur ressenti vis-à-vis des horaires et organisation du temps de travail, l’organisation et les rythmes du travail, sa pénibilité, les risques et prévention, les aspects psychosociaux, les relations avec autrui dont le public, la violence au travail, le suicide, l’hostilité et les discriminations).
Szollos A. (2009). Toward a psychology of chronic time pressure: conceptual and methodological review. Time Soc. 18, 332–350. doi: 10.1177/0961463X09337847
Batson C. D., Powell A. A. (2003). “Altruism and prosocial behavior,” in Handbook of psychology. ed. Weiner I. B.. Hoboken, NJ: Wiley. 463–484.
Capraro V., Cococcioni G. (2016). Rethinking spontaneous giving: extreme time pressure and ego-depletion favor self-regarding reactions. Sci. Rep. 6:27219. doi: 10.1038/srep27219,
Je fais référence respectivement aux branches sympathiques/parasympathiques de notre système nerveux. Mais, je ne peux pas tout creuser ici, je ferai une édition dédiée et sourcée sur ces mécanismes, promis.
Monsivais P, Aggarwal A, Drewnowski A. Time spent on home food preparation and indicators of healthy eating. Am J Prev Med. 2014 Dec;47(6):796-802. doi: 10.1016/j.amepre.2014.07.033. Epub 2014 Sep 19. PMID: 25245799; PMCID: PMC4254327.
Giurge L. M., Whillans A. V., West C. (2020). Why time poverty matters for individuals, organisations and nations. Nat. Hum. Behav. 4, 993–1003. doi: 10.1038/s41562-020-0920-z
Jiang X., Zhang N., Sun X., Liu Z., Wang Y. L. (2024). Being pressed for time leads to treating others as things: exploring the relationships among time scarcity, agentic and communal orientation and objectification. Br. J. Soc. Psychol. 63, 1318–1338. doi: 10.1111/bjso.12729
Zhao Q., Ma R., Liu Z., Wang T., Sun X., van J. W., et al. (2024). Why do we never have enough time? Economic inequality fuels the perception of time poverty by aggravating status anxiety. Br. J. Soc. Psychol. 63, 614–636. doi: 10.1111/bjso.12695
Li A., Yan L., Wang X., Ma X., Li F. (2015). The double-edged effect and mechanism of time pressure. Adv. Psychol. Sci. 23, 1627–1636. doi: 10.3724/sp.j.1042.2015.01627
ce n’est pas en soi, avec uniquement ces deux/trois éléments, que l’on peut affirmer que c’est problématique, qu’il y a un forcément un TCA : il y a d’autres critères à prendre en compte.
Sporea, C.; Morcov, M.-V.; Vasile, C.I.; Cioca, I.E.; Apostol, O.A.; Mirea, A.; Punga, A. The Interplay Between Stress and Eating Attitudes: A Cross-Sectional Study Among Romanian Physical Therapy Students. J. Clin. Med. 2025, 14, 1755. https://doi.org/10.3390/jcm14051755




Merci pour cette mise en perspective des "poupées russes" dont l'alimentation serait une des plus petites et des plus individuelles. Et de prendre de la distance avec la pression de l'efficacité personnelle. Et donc pour vous aussi, pas de stress si vous n'avez pas fait la version audio de cette newsletter immédiatement, ou si vous espacez vos publications. Je ne vous oublie pas pour autant !
Une fois de plus cette new tombe à point nommé... dans un contexte fortement dégradé professionnellement et personellement... et évidemment une prise de poids associée... Merci de nous amener à déculpabiliser, de nous permettre de prendre de la hauteur... et puis même si je suis fan des podcasts, prendre le temps de lire, s'accorder ce moment où l'on ne peut faire que ça, c'est super aussi... ça permet de ralentir... MERCIII